La taxe sur le sucre avait fait grimper les prix de 32 %. Son abrogation ne les a fait redescendre que de 16 %. Trois ans après, les Israéliens boivent toujours moins de sodas — nous avons vérifié le prix de la même bouteille aujourd'hui

Par מערכת סופרקליר · 2026-08-16 · 5 min de lecture

x2Écart de prix pour une bouteille identique de Coca-Cola classique 1,5 litre — même code-barres — entre enseignes : de 7,90 ₪ chez Keshet Ta'amim à 15,90 ₪ chez Yeilo — données Superclear, 16 août 2026, hors Eilat (zone exonérée de TVA)

Le 1er janvier 2022, le précédent gouvernement israélien a instauré une taxe d'achat sur les boissons sucrées — un shekel par litre, davantage pour les concentrés — destinée à réduire la consommation de sucre et les maladies qui l'accompagnent. Un an plus tard, elle était abrogée. Trois ans après cette abrogation, le fisc a vérifié ce qui s'est réellement passé pour la consommation et pour les prix — et la réponse ne flatte aucun des deux camps du débat.

Ce qui s'est passé : une taxe instaurée pour la santé, abrogée pour des raisons de coalition

Selon Ynet, le ministre des Finances Bezalel Smotrich a abrogé la taxe en mars 2023 sous la pression directe du Shas et du Judaïsme unifié de la Torah, qui exigeaient qu'il tienne une promesse de coalition : supprimer ce que le président du Shas, Aryeh Deri, appelait « les décrets de Liberman » — Deri qualifiait la taxe initiale de « taxe politique » visant le public harédi. L'abrogation ne s'est pas faite en une seule fois : selon Calcalist, en décembre 2023, après que le ministère des Finances eut déjà publié un projet de décret pour rétablir la taxe, il a fait marche arrière en deux jours dans le cadre d'un accord avec Deri — prolongation de l'exonération en échange du retrait de l'opposition du Shas au report des élections locales. Smotrich lui-même a qualifié cette publication d'« erreur ». L'Association des médecins de santé publique avait alors dénoncé la mesure comme « un cadeau énorme aux fabricants de boissons, aux frais du public ».

L'abrogation temporaire est devenue permanente en décembre 2024, et le ministère des Finances a estimé que l'État renonçait ainsi à environ 360 millions de shekels de recettes par an (Globes). Face à une pétition contre cette décision, Smotrich n'a pas renié son cadrage idéologique : « Les taxes ne sont pas faites pour éduquer », a-t-il répondu, selon Ynet, présentant l'abrogation comme une question de principe de droite économique — la liberté du consommateur plutôt que l'intervention de l'État.

Le constat du fisc : les prix montent vite, et redescendent lentement

Voici la partie qui mérite qu'on s'y arrête. Calcalist rapporte une analyse du fisc publiée en août 2026 : trois ans après l'abrogation de la taxe, la consommation de boissons sucrées en Israël reste inférieure d'environ 6 % à son niveau de 2021 — avant même l'existence de la taxe. Lors de son entrée en vigueur en 2022, la consommation avait chuté d'environ 12 % ; après son abrogation, elle n'a récupéré qu'environ 5 %, sans jamais revenir à son point de départ.

L'écart le plus marqué se trouve dans le secteur harédi, où l'analyse constate une variation bien plus forte dans les deux sens : une baisse de 20,2 % de la consommation à l'instauration de la taxe (contre 11,8 % dans la population générale), puis un rebond de 12,2 % après l'abrogation (contre 5,1 % en général) — mais même là, la consommation est restée environ 9 % en dessous du niveau de 2021. Autrement dit : c'est justement le public dont la pression politique a fait abroger la taxe qui a continué à en consommer le moins.

Et voici le lien entre consommation et prix : selon cette même analyse, lorsque la taxe a été instaurée, les fabricants ont augmenté le prix au litre de plus que la taxe elle-même — un pack de six bouteilles de Coca-Cola de 1,5 litre, par exemple, a vu son prix au litre grimper de 32 %. Lorsque la taxe a été abrogée, le prix n'a baissé que de 16 % au litre — moins de la moitié de la hausse initiale. En clair : le prix a gravi une haute marche, et n'en est redescendu que d'une marche bien plus basse — et cet écart est resté dans la poche de quelqu'un d'autre, pas dans celle du consommateur.

Ce que montrent nos propres données : le vrai écart est entre enseignes, pas entre les années de la taxe

En tant que service qui scanne les fichiers de prix officiels des 34 chaînes alimentaires d'Israël, ce qui nous intéresse n'est pas seulement ce qui est arrivé au prix dans le temps, mais ce que coûte aujourd'hui exactement le même produit, enseigne contre enseigne. Nous avons vérifié : une bouteille de Coca-Cola classique 1,5 litre, code-barres identique, apparaît dans nos données dans 941 magasins différents (hors Eilat, zone exonérée de TVA et donc structurellement moins chère). L'écart : de 7,90 ₪ chez Keshet Ta'amim à 15,90 ₪ chez Yeilo — exactement le double, un écart de 101 %, sur un produit identique, le même jour.

Pour remettre les choses en perspective : tout le débat autour de cette taxe — instaurée, abrogée, puis rendue permanente — portait sur un shekel par litre, ajouté à une bouteille qui coûte déjà entre 7,90 ₪ et 15,90 ₪ selon la seule enseigne où l'on se trouve. Les enseignes les moins chères — Rami Levy et Mahsanei HaShuk, par exemple — démarrent autour de 8,20-8,30 ₪ la bouteille ; Yeilo, déjà l'enseigne la plus chère de notre propre indice (31 % au-dessus de la médiane nationale), vend la bouteille identique à près du double. Si l'on voulait vraiment échapper à la taxe en 2022, il n'était pas nécessaire de signer une pétition — il suffisait de faire ses courses dans une autre enseigne.

En résumé

La taxe sur le sucre en Israël a été, et reste, une histoire politique avant d'être une histoire économique — née et abolie au gré des rapports de force de coalition, pas seulement d'arithmétique sanitaire. Mais le chiffre le plus révélateur ici n'est pas de savoir qui a gagné ce débat. C'est ce qu'il révèle sur la façon dont les prix bougent en Israël en général : à la hausse, vite et généreusement ; à la baisse, lentement et avec parcimonie. Et pendant que tout le monde se disputait sur le shekel par litre allé et venu, l'écart réel sur l'étagère — entre l'enseigne la moins chère et la plus chère, sur un produit strictement identique — était déjà, lui, du double. De quoi vérifier avant de continuer à débattre de la taxe.

Sources